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Elle n'a que trente-trois ans, un petit air mystérieux à la Mata Hari et un nom de famille connu dans les médias : celui du fondateur de Radio Nostalgie, Pierre Alberti, son oncle. Alexandra Alberti est, à Paris, une chasseuse de têtes spécialisée dans le domaine des médias, des technologies et des télécoms. Au sein du cabinet CT Partners, fort de 35 salariés à Paris, elle est par exemple à l'origine du recrutement cette année d'André Béraud, le nouveau directeur artistique québécois de la fiction de TF1 (la chaîne s'est aujourd'hui mise en quête d'un directeur des programmes de flux).
Détrôner la cooptation
Après avoir passé une dizaine d'années aux États-Unis, notamment chez Hachette Filipacchi Médias où elle a suivi le lancement et l'acquisition de magazines, puis à Gruner & Jahr où elle a négocié des contrats publicitaires et mis en place des alliances avec des sociétés Internet, la jeune femme est revenue en Europe en 2003 pour prendre en charge la « practice médias et télécommunications » du cabinet Alexander Hugues.
En janvier 2006, à la demande de Diane Segalen, vice-présidente de CT Partners dans le monde (350collaborateurs, 110 millions de dollars de chiffre d'affaires soit 71 millions d'euros), la jeune femme rejoint la société de recrutement en tant que « principal », avec l'optique de mettre sa connaissance des médias et d'Internet au service de la recherche de cadres dirigeants. Une gageure alors que le secteur de la communication est réputé pour son mode de sélection par cooptation. « L'inconvénient de ce système, c'est qu'il fonctionne toujours en boucle », observe Alexandra Alberti.
Diplômée de la Wharton School au sein de l'université de Pennsylvanie, la chasseuse de têtes s'emploie donc à repérer des profils venus d'ailleurs : un directeur des programmes de France5 pour MSN (Microsoft), un spécialiste du Web grand public pour diriger la rédaction de L'Usine nouvelle, etc. « Les journalistes ont du mal à accepter et à admirer quelqu'un qui arrive d'un autre secteur que le leur, relève Alexandra Alberti. Mais le fait de venir du luxe, par exemple, permet d'apporter des idées nouvelles. Quant à ceux qui ont une expérience dans les contenus, ils ont une valeur importante du fait de la convergence avec les télécoms. »
CT Partners, qui réalise 20 % de son activité dans les médias et les télécoms, prélève un tiers de la rémunération brute annuelle pour des missions supérieures à 150 000 euros. Le processus de sélection est inébranlable. Le cabinet se donne pour règle de trouver l'oiseau rare en 100 jours. À l'issue de la quarantième journée, le client doit avoir vu deux candidats, qu'il note. En dessous de 6 sur 10, la patronne de la « practice » intervient personnellement.
À compétences égales, la personnalité prédomine
Les clients peuvent soumettre eux-mêmes le nom de candidats, mais ils préfèrent le plus souvent se fier au flair de la chasseuse de têtes. Dans 92 % des cas, les élus restent en place ou sont promus à un rang plus élevé. À noter que la personnalité du postulant a de plus en plus d'importance, à compétences égales, et Alexandra Alberti assure rencontrer dix à quinze candidats pour n'en retenir que trois ou quatre. Elle se déclare très attachée à la phase « prise de références » qui suppose d'entendre pour chaque individu deux patrons et trois subordonnés. « La dimension internationale, la gestion d'un budget et de réelles capacités de management sont trois critères clés », souligne-t-elle. Une expérience professionnelle à l'étranger et une parfaite maîtrise de l'anglais sont requis. Mais la maîtrise du français est indispensable dans les médias hexagonaux.
Amaury de Rochegonde
Le mythe du chasseur de têtes en préretraite a vécu. Aujourd'hui, ce sont des femmes jeunes et élégantes qui peuplent le cabinet CT Partners. Dans le bureau parisien, qui compte 35 collaborateurs, on recense pas moins de 31 femmes. Impossible de ne pas penser que la séduction est un atout de taille pour un métier de recrutement de cadres dirigeants très souvent en activité. Cela contribue-t-il pour autant à assurer la diversité des sexes aux postes à responsabilité ? « Oui, plaide Alexandra Alberti, car nous essayons de mettre en avant les femmes, comme en atteste la participation de CT Partners à un prix du Women's Forum. »